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Qui contrôle la terre au Tchad ?

• Publié le 6 mai 2026

Au Tchad, la terre n’est pas seulement un espace physique. Elle est à la fois source de subsistance, symbole d’identité, levier de pouvoir et facteur de conflit. Dans un pays où plus de 70 % de la population dépend directement de l’agriculture et de l’élevage, la question foncière dépasse largement le cadre économique : elle touche au social, au politique et à la stabilité nationale.

Mais derrière cette réalité, une question fondamentale demeure : qui contrôle réellement la terre au Tchad, et selon quelles règles ?

Une ressource vitale sous pression croissante

Le Tchad fait face à une pression sans précédent sur ses ressources foncières, alimentée par plusieurs facteurs :

  • Croissance démographique rapide : plus de population signifie plus de besoins en terres cultivables et en pâturages ;
  • Changement climatique : avancée du désert, raréfaction de l’eau, dégradation des sols ;
  • Réduction du Lac Tchad : impact direct sur les activités économiques locales ;
  • Urbanisation progressive : expansion des villes au détriment des terres rurales

Résultat : la terre devient une ressource rare, convoitée et de plus en plus disputée.

Une gouvernance foncière entre tradition et modernité

Le système foncier tchadien repose sur une dualité complexe :

Le droit coutumier : Géré par les chefs traditionnels (chefferies, sultanats), Basé sur des pratiques ancestrales où l’accès à la terre souvent collectif ou communautaire.

Le droit moderne : Encadré par l’État ; repose sur des textes juridiques et des titres foncierspour formaliser la propriété.

Le problème ? Ces deux systèmes coexistent sans réelle harmonisation.

Conséquences : chevauchement des autorités, décisions contradictoires, insécurité juridique, conflits de légitimité

Dans de nombreuses zones rurales, le droit coutumier reste dominant, tandis que le droit moderne est souvent peu accessible ou mal appliqué. Et plusieurs conflits continuent de fragiliser le système dont l’une des manifestations les plus visibles de la crise foncière : Conflits agriculteurs-éleveurs.

Les tensions entre agriculteurs et éleveurs sont aujourd’hui l’une des manifestations les plus visibles de la crise foncière.

Les causes principales sont : absence ou non-respect des couloirs de transhumance, extension des terres agricoles sur les parcours du bétail, compétition pour l’accès à l’eau, manque de mécanismes de régulation efficaces

Les conséquences : affrontements violents, pertes humaines et matérielles, déplacements de populations, fragmentation du tissu social

Ces conflits ne sont pas seulement liés à la terre, mais aussi à l’absence de gouvernance claire et inclusive.

Terre et pouvoir : un enjeu politique

Au-delà de l’usage agricole, la terre est aussi un outil de pouvoir et d’influence : attribution de terres à des élites ou investisseurs, accaparement foncier dans certaines zones, décisions foncières influencées par des intérêts politiques

Dans ce contexte, contrôler la terre, c’est aussi contrôler les ressources, les populations et les dynamiques locales.

Vers une gouvernance foncière plus juste et durable

Face à ces défis, plusieurs pistes de solutions émergent :

1. Clarifier et harmoniser les systèmes fonciers : mieux articuler droit coutumier et droit moderne afin de sécuriser les droits d’usage et de propriété

2. Renforcer la médiation communautaire promouvoir des mécanismes locaux de résolution des conflits pour mieux valoriser le rôle des leaders traditionnels et des femmes médiatrices

3. Inclure les femmes et les jeunes, faciliter leur accès à la terre, renforcer leur participation aux décisions foncières

4. Planifier l’utilisation des terres, délimiter clairement les espaces agricoles et pastoraux, protéger les couloirs de transhumance

5. Sensibiliser et responsabiliser les communautés, éducation à la citoyenneté foncière, promotion du vivre-ensemble

Conclusion

Au Tchad, la question foncière dépasse largement la propriété. Elle pose des enjeux fondamentaux : justice sociale, cohésion communautaire, stabilité sécuritaire, développement durable.

BENOUDJOUM NEKILLAMIAN WILLIAMS