Les attaques terroristes survenues récemment dans la province du Lac ont suscité une vive émotion au sein de l’opinion publique tchadienne. Tristesse, colère, indignation, inquiétude : ces réactions sont légitimes face à la perte de vies humaines et à la douleur des familles touchées.
Mais dans ces moments sensibles, une autre responsabilité s’impose à nous : ne pas laisser nos émotions non contrôlées aggraver la crise, notamment sur les réseaux sociaux.

L’émotion est légitime, la désinformation ne l’est pas
Après un drame, beaucoup veulent réagir rapidement : publier un message, partager une image, commenter une information ou exprimer leur colère. Cela est compréhensible. Cependant, lorsque nous diffusons des bilans non vérifiés, des vidéos incertaines, des accusations sans preuve ou des propos excessifs, nous risquons d’ajouter de la confusion à la douleur.
Un citoyen responsable ne relaie pas une information seulement parce qu’elle choque ou correspond à son émotion. Il prend le temps de vérifier, de chercher la source et de mesurer les conséquences de sa publication.
Les réseaux sociaux ne doivent pas devenir un espace de surenchère
Dans les heures qui suivent une attaque, certains commentaires deviennent parfois plus violents que constructifs. On accuse, on généralise, on insulte, on appelle à la vengeance ou l’on présente comme des certitudes des informations encore floues.
Or, cette surenchère émotionnelle ne protège ni les victimes, ni les populations du Lac, ni la Nation. Au contraire, elle peut : renforcer la peur ; créer des tensions inutiles ; nourrir la haine ; fragiliser la cohésion nationale ; détourner l’attention des vraies questions de sécurité et de protection des citoyens.
Face au terrorisme, nous devons éviter de devenir, malgré nous, des relais de panique ou de division.
Exprimer sa colère, oui ; perdre sa lucidité, non
La citoyenneté ne consiste pas à rester silencieux devant l’injustice ou l’insécurité. Elle consiste à s’exprimer avec responsabilité.
Nous avons le droit : de rendre hommage aux victimes ; de soutenir les familles endeuillées ; de saluer les forces de défense et de sécurité ; de demander des réponses efficaces des autorités ; d’exiger une meilleure protection des populations.
Mais nous devons refuser : la publication d’informations non confirmées ; la diffusion d’images humiliantes ou choquantes ; les accusations sans fondement ; les discours qui stigmatisent des communautés ; les réactions impulsives qui alimentent la tension.
Avant de partager, posons-nous quelques questions
Avant de publier ou de relayer un contenu sur une attaque, chacun peut se demander : Cette information est-elle vérifiée ? La source est-elle fiable ? Cette publication aide-t-elle réellement ? Respecte-t-elle la dignité des victimes ? Est-ce que je contribue à informer ou simplement à propager mon émotion ?
Ces quelques secondes de recul peuvent éviter beaucoup de tort.
Une citoyenneté numérique à construire
La lutte contre le terrorisme est d’abord une responsabilité de l’État. Mais la préservation de la cohésion nationale concerne chaque citoyen. Dans un contexte de crise, les réseaux sociaux doivent servir à : informer avec prudence ; appeler à l’unité ; soutenir les victimes ; promouvoir la solidarité ; éviter les propos qui divisent ou aggravent les tensions.
Le patriotisme ne consiste pas à publier le message le plus dur. Il consiste à défendre son pays sans perdre le sens de la vérité, de la dignité et de la responsabilité.
Conclusion
La province du Lac mérite notre solidarité. Les victimes méritent notre respect. Les familles endeuillées méritent notre compassion. Mais notre pays mérite aussi que nous restions lucides.
Face au terrorisme, la douleur ne doit pas devenir désordre. La colère ne doit pas devenir haine. L’émotion ne doit pas devenir désinformation.
Être citoyen aujourd’hui, c’est aussi apprendre à maîtriser sa parole sur les réseaux sociaux, surtout lorsque la Nation traverse des moments difficiles.
BENOUDJOUM NEKILLAMIAN Williams
