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Face à l’innommable : citoyenneté active, communication responsable et devoir collectif de protection de l’enfance

L’arrestation à N’Djamena d’un militaire accusé du viol d’une fillette de quatre ans a profondément bouleversé la conscience collective. Les faits, confirmés médicalement et reconnus par l’auteur présumé, sont d’une gravité extrême, d’autant plus qu’un risque de contamination au VIH est évoqué.

Au-delà de l’émotion et de l’indignation légitimes, cette affaire nous interpelle sur une question essentielle : comment la citoyenneté, la communication et l’engagement civique peuvent-ils contribuer à prévenir, dénoncer et combattre de telles violences ?

Un crime qui engage la responsabilité collective

Le viol d’un enfant n’est jamais un fait isolé. Il révèle des défaillances structurelles : insuffisance de prévention, faiblesse des mécanismes de protection de l’enfance, silence social et parfois tolérance implicite. Lorsqu’un tel acte est commis par un agent censé protéger la population, la responsabilité morale et institutionnelle est encore plus lourde.

Aucune fonction, aucun uniforme, aucun statut ne doit placer un individu au-dessus de la loi. La citoyenneté active défendue par AfricTivistes repose précisément sur ce principe fondamental : l’égalité de tous devant la justice et la redevabilité des institutions.

Justice et redevabilité : un impératif démocratique

Face à de tels crimes, la réponse de la justice doit être ferme, indépendante et transparente. L’impunité nourrit la répétition des violences et affaiblit la confiance des citoyens envers l’État. Une démocratie crédible repose sur la capacité de ses institutions à protéger les plus vulnérables et à sanctionner sans complaisance les auteurs de crimes graves.

Dans cette perspective, l’engagement citoyen ne consiste pas à se substituer à la justice, mais à exiger qu’elle fasse son travail, dans le respect des droits humains et des procédures légales.

La communication citoyenne pour briser le silence

L’un des défis majeurs dans la lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants reste le silence. Peur, honte, pression sociale ou méconnaissance des recours conduisent trop souvent à l’invisibilisation des victimes.

La communication citoyenne, telle que promue par AfricTivistes CitizenLab Tchad, joue ici un rôle clé. Informer, sensibiliser, expliquer les droits, encourager la dénonciation responsable et protéger la parole des victimes sont des actes citoyens à part entière.

Parler n’est pas salir une famille ou une institution ; parler, c’est protéger.

Civic Tech et mobilisation citoyenne responsable

Les Civic Tech, en tant qu’outils de participation et de débat public, peuvent contribuer à lutter contre ces violences lorsqu’elles sont utilisées de manière responsable. Elles permettent :

De diffuser des informations fiables et vérifiées ;

De sensibiliser massivement sur les droits de l’enfant ;

De créer des espaces d’échange sécurisés ;

De mobiliser la société civile autour de campagnes de prévention et de plaidoyer.

En Afrique, ces outils sont connus mais très peut s’en servent afin de prouver son efficacité et mobiliser les citoyens, organiser des campagnes et interpeller les décideurs publics. Au Tchad, leur usage doit s’inscrire dans une logique de protection, de responsabilité et de respect de la dignité humaine, en particulier lorsqu’il s’agit d’enfants.

La prise en charge de la victime : une priorité absolue

Au centre de toute action doit se trouver la victime. La fillette concernée a droit à une prise en charge médicale, psychologique et sociale complète, gratuite et durable. Sa famille doit également bénéficier d’un accompagnement adapté, car le traumatisme est collectif et profond.

La protection de l’enfance ne peut être effective sans un système de soutien solide, impliquant l’État, les professionnels de santé, la société civile et les communautés.

Prévention, éducation et engagement citoyen

Réagir après l’horreur ne suffit pas. Il est indispensable d’agir en amont par :

L’éducation à la protection de l’enfance ;

La formation des parents, enseignants et leaders communautaires ;

Des campagnes de sensibilisation continues ;

Des mécanismes de signalement accessibles et sûrs.

Ces actions rejoignent pleinement la mission d’AfricTivistes CitizenLab Tchad : outiller les citoyens, renforcer leurs capacités et encourager une participation active et responsable à la vie publique.

Cette affaire tragique nous rappelle que la citoyenneté ne se limite pas aux débats politiques ou électoraux. Elle s’exprime aussi dans la capacité d’une société à protéger ses enfants, à refuser le silence et à exiger justice.

S’engager, communiquer de manière responsable, dénoncer sans haine mais sans peur, soutenir les victimes et prévenir les violences : voilà le sens profond d’une citoyenneté active.

Protéger les enfants, c’est défendre l’avenir. Une société qui les protège se construit ; une société qui les abandonne se condamne.

NOUBATA GADJI

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